Dans la plupart des organisations, la construction et la santé travaillent chacune de leur côté. Les architectes et les ingénieurs parlent d’énergie, de matériaux et de bilans carbone. Les professionnels de la santé parlent de prévention, de qualité de vie et de coûts sanitaires. Le vocabulaire diffère autant que les cultures, les calendriers, ou les sources de financement.
Cette séparation a un prix. Une isolation mal ventilée dégrade la qualité de l’air intérieur et se paie en asthmes et en allergies. Une ville minérale se paie en surmortalité pendant les canicules. Un hôpital énergivore contribue lui-même aux dérèglements dont il soigne ensuite les conséquences. À chaque fois, la décision est prise dans un secteur et la facture atterrit dans l’autre.
L’inverse est vrai aussi, et c’est la bonne nouvelle. Chaque mètre carré construit ou rénové est une occasion d’agir sur la santé des personnes, sans forcément impliquer un budget supplémentaire, simplement en intégrant le critère sanitaire au moment de la conception. C’est la raison pour laquelle WILL BEE a créé un Prix Spécial Santé et invite des médecins, des et des spécialistes de la santé publique à siéger aux côtés des ingénieurs et des architectes car les meilleures idées naissent souvent là où deux mondes se rencontrent.
Reste à savoir concrètement comment un bâtiment agit sur la santé. La réponse tient en trois échelles
La construction durable protège et améliore la santé à trois niveaux interconnectés : elle offre un environnement sain aux occupant·e·s (santé individuelle), réduit les risques sanitaires globaux (santé publique) et préserve les écosystèmes vitaux (santé planétaire).
1. La santé des personnes (santé individuelle)
La construction durable place le bien-être des occupants au centre de la conception (approche bioclimatique et bâtiments sains). C’est d’autant plus important pour les bâtiments qui accueillent des patient·e·s ou des personnes vulnérables.
Qualité de l’air intérieur : utilisation de matériaux non toxiques (sans COV, sans formaldéhyde) et de systèmes de ventilation performants. Cela réduit les risques d’asthme, d’allergies et le syndrome du bâtiment malsain. En Suisse, le label Minergie-ECO et le certificat GI-GUB pour les matériaux à faibles émissions offrent des repères directement mobilisables par les maîtres d’ouvrage.
Confort thermique et acoustique : une isolation renforcée protège des vagues de chaleur, du froid extrême et de la pollution sonore, ce qui diminue le stress et améliore le sommeil.
Lumière naturelle et design biophilique : l’accès maximal à la lumière du jour et l’intégration d’éléments naturels (plantes, bois) régulent le rythme circadien, boostent la productivité et réduisent l’anxiété.
2. La santé publique
À l’échelle d’une communauté ou d’une ville, les bâtiments durables agissent comme des boucliers sanitaires et des vecteurs de lien social.
Réduction des îlots de chaleur urbains : l’utilisation de toits végétalisés et de matériaux réfléchissants abaisse la température des villes lors des canicules, limitant ainsi la mortalité des personnes vulnérables. Le Plan climat vaudois et la stratégie de végétalisation de la Ville de Lausanne soutiennent déjà ce type d’interventions, des toitures végétalisées à la désimperméabilisation des sols.
Diminution des maladies respiratoires et cardiovasculaires : en exigeant une haute efficacité énergétique, ces bâtiments réduisent la combustion d’énergies fossiles, ce qui purifie l’air des zones urbaines.
Promotion de la santé active : l’urbanisme durable encourage la création de pistes cyclables, d’espaces piétons et d’escaliers attractifs, luttant directement contre la sédentarité et l’obésité.
3. La santé planétaire
Ce concept repose sur l’idée que la santé humaine dépend entièrement de l’état des systèmes naturels de la Terre. Le secteur du bâtiment étant l’un des plus polluants, la construction durable et les efforts de sobriété, tels le recyclage, le réemploi ou encore la circularité, limitent son impact destructeur.
Atténuation du changement climatique : en visant la neutralité carbone (standards Minergie-P, Minergie-A, SNBS ou bâtiments à énergie positive), elle réduit les émissions de gaz à effet de serre qui dérèglent le climat. Cela est particulièrement pertinent pour les hôpitaux, EMS et autres établissements sanitaires : le système de santé suisse est responsable d’environ 6,7 % des émissions nationales de gaz à effet de serre, soit près d’une tonne de CO2 par habitant et par an, les hôpitaux et les médicaments en étant les principaux postes¹.
Préservation des ressources et de la biodiversité : l’utilisation de matériaux biosourcés (bois, chanvre, paille), gérés durablement, évite la déforestation et le pillage des ressources minières. Le label Bois Suisse de Lignum garantit la provenance et la gestion durable de la ressource.
Gestion de l’eau et des déchets : la récupération des eaux de pluie et le recyclage des matériaux de chantier évitent la pollution des sols et des nappes phréatiques, préservant ainsi la faune et la flore.
¹ Institut des sciences de l’environnement, Université de Genève, et plateforme Santé planétaire de la FMH. Une étude a chiffré pour la première fois l’empreinte du système de santé genevois à 436 831 tCO2e en 2022.
Sources: UNIGE, Institut des sciences de l’environnement, Plateforme Santé planétaire de la FMH, Étude genevoise, PubMed